Des fleuves et des sociétés en interaction

Session C6 : La navigation fluviale, entre gestion des impacts et des usages

NATH Sankha Subhra

Inde

Résumé : Les municipalités situées dans les zones périurbaines de Kolkata sont confrontées à des défis récurrents en matière d’inondations pluviales en raison de systèmes de drainage des eaux pluviales inadéquats et d’un développement urbain non planifié. Comme le drainage primaire de ces municipalités dépend des voies navigables intérieures mineures (MIW) comme le khal et les ruisseaux qui les traversent, l’envasement et le colmatage des MIW affectent gravement la capacité de drainage des eaux pluviales de ces municipalités. Ainsi, pendant la mousson, les municipalités subissent des inondations pluviales et un engorgement, entraînant souvent la dengue et d’autres risques pour la santé. Une solution proposée au problème réside dans le rajeunissement des MIW. Cependant, dans la pratique de gestion des inondations, le rajeunissement des MIW est rarement envisagé. L’étude tente de comprendre quels sont les défis de gouvernance pour le rajeunissement des voies navigables intérieures mineures pour l’atténuation des inondations pluviales ? Elle tente de répondre à la question en prenant les cas de Buriganga, Morali et Anjana River. Les rivières sont toutes situées dans la biorégion de la forêt marécageuse d’eau douce de Sunderban et sont situées à moins de 50 km les unes des autres. Parmi celles-ci, Buriganga a été rajeunie avec succès. Le rajeunissement de Morali est en cours et celui d’Anjana est au point mort. L’article tente de comprendre les forces et les processus responsables des résultats variés. Les résultats montrent que le niveau de dépendance de la rivière vis-à-vis des populations, la proximité des établissements humains, le capital social, etc. sont responsables du rajeunissement réussi des MIW.


Session C7 : Baignade en rivière urbaine

DELLIER Julien, LINTON James, MASCLET Olivier, CHUPIN Julie

France

Résumé : Cette communication relate une initiative de baignades collectives dans la Vienne à Limoges. Entamée en juillet 2024, ces rendez-vous, lancés à l’initiative de trois chercheurs en sciences sociales sont devenus mensuels suite à l’adhésion d’un groupe enthousiaste de baigneuses et baigneurs, traversés également par l’envie partagée d’une approche sensible et expérientielle de la rivière.

Ces baignades citoyennes ont d’abord pour but de renouer avec une pratique ordinaire et collective au début du XXème siècle mais oubliée depuis. Réunissant de 10 à 30 personnes, elles visent à ré-ancrer dans l’espace public une pratique légale mais aujourd’hui totalement ignorée. Dans le même temps, transgressant les pratiques admises en bord de Vienne à Limoges, elles visent à retisser le lien entre les habitants et la rivière comme un moyen de faire face à la fois aux coûts des loisirs, à la fragilisation des liens sociaux et au changement climatique.


PLICHON Almudena, NAVRATIL Oldrich, HONEGGER Anne

France

Résumé : Redécouvertes, réévaluées et réaménagées, les berges fluviales en ville sont de plus en plus fréquentées depuis une vingtaine d’années (Romain, 2010). Or, cette forte fréquentation des rivières urbaines amplifie un risque de noyade déjà élevé (Maghakian et al., 2024), et accentué par le changement climatique et l’augmentation des canicules estivales qui poussent à se rafraîchir près de l’eau (Fralick et al., 2023 ; Chauvin et al., 2020). Dans ce contexte, les discours médiatiques peuvent-ils être une source d’information pour mieux comprendre les pratiques de baignade en rivière urbaine ? Peuvent-ils nous aider à mieux anticiper le risque de noyade dans les villes riveraines de grands fleuves comme Lyon ? Pour y répondre, on étudie la baignade et le risque de noyade dans le Rhône, la Saône et les lacs de Miribel-Jonage, dans le territoire du Grand Lyon, de 2007 à 2024. On utilise quatre matériaux : un corpus de presse nationale et locale, les contenus d’influenceurs sur des réseaux sociaux, des données de moteur de recherche Google, et les chiffres officiels de la noyade dans le secteur d’étude (source : Maghakian et al., 2024). Ces matériaux nous montrent les évolutions des représentations de la baignade en ville : celle-ci est érigée en question d’actualité, même si elle n’a jamais cessé d’être pratiquée de façon informelle. On peut aussi extraire des informations factuelles sur la baignade et la noyade dans le secteur d’études, pour mieux comprendre la temporalité et la spatialité des pratiques à risque.


BALMASEDA DOMÍNGUEZ Alba

Italie

Résumé : La baignade en rivière, aussi appelée baignade sauvage, gagne en popularité dans les capitales européennes, où les cours d’eau urbains sont réaménagés pour un usage collectif. Inspirées par des exemples de villes suisses comme Berne, Zurich et Bâle, des villes telles que Copenhague, Paris et Göteborg transforment leurs voies navigables en espaces récréatifs accessibles. Le retour à ces lieux, autrefois rendus inutilisables par la pollution, offre de nombreux avantages : amélioration de la santé urbaine, renforcement de la cohésion sociale, atténuation des effets du réchauffement climatique, extension des espaces de loisirs et reconnexion avec la nature. Cependant, la baignade dans les eaux urbaines soulève des questions complexes d’architecture et d’urbanisme. Si la propreté de l’eau est essentielle à la sécurité publique, comment les villes peuvent-elles concilier l’accès du public aux rivières et canaux avec la protection des écosystèmes fragiles et de l’économie locale ? Cette contribution, basée sur une étude doctorale sur la baignade urbaine à l’Université de Roma Tre, analyse les projets développés à Copenhague, Paris et Göteborg pour explorer les stratégies spatiales mises en œuvre afin de rendre ces eaux baignables.


RABÉ Paul

Pays Bas

Résumé : Cette présentation retrace l’histoire de la baignade dans les rivières et les canaux de Rotterdam au fil du temps. Elle démontrera que les possibilités de baignade en rivière sont directement liées à des politiques urbaines plus larges et à l’évolution des mœurs socioculturelles, ainsi qu’à des facteurs environnementaux. La natation en rivière (et dans les canaux) peut donc être considérée comme un baromètre des tendances plus générales de la vie urbaine.


HACHET Benoît

France

Résumé : Enquête participante sur les pratiques de baignades hivernales d’un groupe informel parisien confronté à l’interdiction de baignade dans le canal de l’Ourcq


BRUN Clément

France

Résumé : La pratique de la baignade urbaine dans le port de Copenhague, avec ses treize bains portuaires officiels et de multiples zones informelles, incarne une dynamique de transformation spatiale et culturelle, où l’interface entre ville et eau est réinventée. Depuis 25 ans, le port de Copenhague fait l’objet de réaménagements visant à convertir les anciennes friches industrielles en quartiers résidentiels et espaces de loisirs intégrés au cadre de vie urbain. Ces bains, devenus emblématiques de la reconquête fluviale, offrent des lieux de rassemblement et d’expériences corporelles dans une logique d’identification à une culture nordique du corps actif et exposé.

Notre travail de thèse, par une approche croisée entre sociologie des usages et analyse architecturale des aménagements, interroge cette appropriation des quais par les citadins. Notre travail d’observation participante a permis de saisir, in situ, la manière dont les habitants transforment ces espaces en lieux du quotidien, investis d’une symbolique identitaire et communautaire.

Dans cette perspective, les bains portuaires se déploient comme des espaces pluriels : certains agencés comme des « plages urbaines », supports d’un imaginaire balnéaire et hédoniste, d’autres aménagés pour un public plus sportif, en quête de sécurité et d’encadrement. Cette diversité architecturale et fonctionnelle traduit des usages multiples et évolutifs, allant au-delà de la simple récréation estivale. En questionnant l’appropriation quotidienne de ces lieux, cette étude contribue à comprendre comment la baignade urbaine participe à une reconfiguration de l’espace public à Copenhague. Elle interroge la tension entre liberté individuelle et régulation urbaine, illustrée par l’appropriation non autorisée de certaines zones de baignade. Cette analyse offre ainsi des perspectives pour les villes souhaitant réintroduire la baignade dans leurs espaces urbains et invite à repenser la conception des interfaces fluviales dans un contexte de renaturation et de redynamisation des fronts d’eau.