Mercredi 2 juillet – de 10:30 à 19:00
Session C3 : Repenser la gouvernance des fleuves
Fleuve-Rhône ou Personne-Rhône ? Décryptage des imaginaires sous-tendus.
VALLET Cyrille
Suisse
Résumé : La thématique de la personnalité juridique du Rhône ou du Léman est soulevée en 2020. Une pétition pour la reconnaissance des droits du fleuve est lancée par ID-Eau tandis que la CIPEL acte la réalisation d’une étude de faisabilité de la personnalité juridique du Léman. Le concept est déjà mis en œuvre dans d’autres régions du monde et il promeut les Droits de la Nature. Toutefois, Le contexte est très différent. Les promoteurs de ce concept mettent en place des stratégies de légitimation de leurs statuts et de leurs demandes, tout en questionnant les décisions prises et mises en œuvre par une gouvernance établie depuis des décennies. Les changements proposés s’ancrent dans de nouveaux imaginaires qui remettent en question les imaginaires institués sur lesquels reposent nos institutions présentes. Dans le contexte européen et transfrontalier du Rhône, cette communication analyse les tensions entre, d’une part, les imaginaires émergents qui préconisent des relations renouvelées avec le fleuve et d’autre part, les imaginaires existants qui structurent nos relations actuelles.
Mobiliser les populations autour de l’enjeu des fleuves : déploiement d’outils innovants à l’échelle internationale
GARDETTE Sophie
France
Résumé : Protéger les fleuves est l’affaire de tous : des pouvoirs publics et des collectivités, des entreprises, des centres de recherche, des organisations de la société civile mais aussi des citoyens. Pourtant, il n’est pas toujours aisé de rendre accessible les données permettant d’éclairer les enjeux d’aujourd’hui et de demain mais aussi de provoquer une envie d’agir. L’approche classique visant à présenter les enjeux et les “solutions” de façon descendante est révolue. Nous devons trouver de nouveaux outils, favorisant la mise en action.
Notre association, avec ses experts internationaux, a ainsi développé un set d’outils innovants, composé de :
- Une Fresque des Fleuves : en atelier de 8 à 10 personnes, durant 2h30 à 3h, les participants échangent sur les usages des fleuves et sur les impacts de nos activités humaines et du changement climatique sur ceux-ci. En jouant sur l’intelligence collective, ils identifient et s’engagent sur des actions individuelles et collectives.
- Un Label (Living with Rivers) pour valoriser les initiatives vertueuses pour les fleuves dans le monde et épauler les acteurs dans les territoires. Un nouvel appel à initiatives sera lancé au 1er trimestre 2025.
- Une Plateforme collaborative open-source, appelée “Trésors des fleuves”, pour centraliser et partager le patrimoine immatériel des fleuves du monde (présentée en avant-première à IS Rivers).
Ces différents outils seront présentés lors de la Conférence IS Rivers, afin de mobiliser la communauté scientifique à leur déploiement en France et à l’international.
Réseaux EEE : espaces d’échanges et de création
GRANGE Marie Charlotte, HORMAN Anouk
France
Résumé : Les espèces exotiques envahissantes (EEE), introduites par les activités humaines hors de leur aire de répartition naturelle, sont responsables de 60 % des extinctions documentées et coûtent 12,5 milliards d’euros par an en Europe continentale. Les réseaux hydriques favorisent leur dispersion, rendant la gestion isolée des foyers peu efficace, et une coordination des acteurs à l’échelle des bassins essentielle. Dans ce cadre, les réseaux EEE jouent un rôle clé en combinant expertise, recherche et actions concrètes, tout en s’inscrivant dans des dynamiques nationales, régionales et locales complexes.
Nous présenterons la diversité des formes que peuvent prendre ces réseaux à travers deux démarches spécifiques par leur échelle dans le paysage français : le Groupe de travail EEE du bassin Loire-Bretagne, et l’élaboration de la stratégie relative aux EEE à l’échelle du fleuve Rhône.
Le Groupe de travail EEE du bassin Loire-Bretagne coordonne les efforts des gestionnaires, experts et partenaires, soutenus par le Plan Loire Grandeur Nature depuis 2002. Ce réseau, bien structuré et organisé autour d’un noyau actif et de coordinations territoriales a pu mettre en place des outils mutualisés. La stratégie relative aux EEE à l’échelle du fleuve Rhône quant à elle est actuellement en phase d’élaboration et de structuration de son réseau, pour une mise en œuvre de son plan d’action attendue à partir de 2026.
Session C5 : Fonctions et valeurs des fleuves en ville
La culture fluviale dans la ville : quel ‘degré de sauvagitude’ ?
WANTZEN Karl Matthias
France
Résumé : L’aménagement urbain vise à créer des conditions de vie agréables, efficaces, durables et peu risquées pour les citoyens. La nature est sauvage et dynamique, elle subit un renouvellement permanent de la matière et une réorganisation de l’espace. L’urbanisme a homogénéisé l’espace sauvage et calmé les dynamiques rythmiques, modifiant ainsi (fatalement) les conditions de survie de la vie non-humaine et de nombreuses fonctions de l’écosystème nécessaires à la vie (appelées « services » par l’anthropocentrisme). Les conséquences de cette pratique sont visibles depuis de nombreuses années (pollution de l’eau, problèmes de santé, etc.), mais elles menacent aujourd’hui de plus en plus de vies humaines et sont exacerbées par le changement climatique. Si les humains sont pour la plupart indolents et résistent aux prédictions des scientifiques sur les conditions de vie futures, les événements critiques actuels (par exemple, les sécheresses, chaleurs et inondations extrêmes qui se produisent fréquemment, connues auparavant sous le nom d’« événements millénaires ») peuvent avoir un effet cathartique et ouvrir la voie à un nouveau système de valeurs mieux adapté à la nature. Dans mon exposé, je présenterai des exemples de la manière dont les gens ont compris la nécessité de modifier l’aménagement urbain en fonction des besoins de la nature (et des leurs !), par exemple la remise des cours d’eau à la surface, l’aménagement des berges, les sites de rencontre entre l’homme et la nature, la restauration, la création de nouveaux plans d’eau urbains et la justice écosociale entre les métropoles et le bassin hydrographique. Je plaiderai également en faveur d’un réaménagement urbain socio-écologique drastique inspiré du Paris haussmannien.
Métropole fluviale : Des deltas à la ripisylve urbaine – La Rive droite du Rhône
VIGNAL Betrand, SALLES Marjorie, DARDANNE Camille, BELLOT Clément
France
Résumé : Les fleuves et leurs villes ont besoin de nouveaux vecteurs de développement pour faire face aux changements climatiques et sociétaux du XXIème siècle. Leur interrelation, rompue avec l’émergence des grands axes routiers, est aujourd’hui remise au premier plan. Les cours d’eau constituent des axes majeurs d’apaisement, reliant les citoyens aux forces vives du paysage. Lancé par la métropole de Lyon en 2022, le projet des quais de la rive droite du Rhône offre une occasion unique de donner de nouveaux espaces aux métropolitains lyonnais, conçus à l’échelle territoriale. Les berges sont des lieux clés pour tisser un nouveau lien à l’eau, en prenant en compte les différentes temporalités, les rythmes de vie et les divers groupes d’âge des usagers ; des enfants, aux adolescents, aux adultes et ainés ; qui n’ont pas les mêmes appétences. La nécessité de penser une ville inclusive s’avère primordiale. Le lit des fleuves est également porteur de nouveaux corridors climatiques, des axes de fraîcheur essentiels pour acclimater les villes. De nouveaux aménagements sont nécessaires et ne se résument pas à équiper la simple linéarité des berges. Il s’agit de dépasser les zones initialement délimitées afin d’irriguer le territoire, tant dans l’épaisseur de la rive que dans leurs axes transversaux. Les dynamiques mises en œuvre font écho aux deltas, qui se ramifient en plusieurs méandres et s’infiltrent sur un territoire élargi. Ces deltas urbains viennent épaissir la ripisylve urbaine, au cœur du projet, afin de répondre aux enjeux d’un aménagement paysager métropolitain en reconnectant les fleuves à leur environnement urbain.
Biodiversité de la Saône : Expérimentations pour la réhabilitation écologique en centre-ville de Lyon
BRUNELLE Quentin, DE LACHAISE Victorine
France
Résumé : Après l’aménagement Gabiodiv en 2019, l’association Des Espèces Parmi Lyon a réalisé deux projets de génie écologique pour restaurer la Saône en centre-ville de Lyon, couvrant 600 mètres. Le premier a été achevé début 2024 et le second sera finalisé cette année. Le retour de la biodiversité est évalué, malgré des défis liés aux espèces invasives et aux courants forts. Des résultats prometteurs incluent la présence d’espèces protégées et de berges naturelles. L’un des projets a transformé 900 m² de dalles de ciment en zones de végétalisation, et l’autre a supprimé 600 m² de dalle imperméable pour combiner balade pédagogique et biodiversité. Après seulement un an, quels sont les résultats immédiats sur la biodiversité, et ceux attendus ?